25.1.12

Rumeurs de départ

Joseph François Xavier Castrique, mon grand-oncle d’Armentières dont le très grand âge justifie sans doute la vive inquiétude m’a fait parvenir le récit par Voltaire de la vie de Charles XII de Suède afin que je connaisse mieux la Russie, ses habitants et ses périls extrêmes.

Je l’avoue : j’ai d’abord ronchonné en découvrant ce livre, j’aurais préféré du tabac pour ma pipe et comme si j’avais le temps de lire…avant de m’y attaquer et de le trouver fort drôle : j'y ai lu que les Russes commencent l’année le 13 septembre parce qu’ils jugent "vraisemblable que Dieu avait créé le monde en automne, dans la saison où les fruits de la terre sont dans leur maturité." Et ils se servent pour compter de « petites boules enfilées dans des fils".

Et ils le font tous ! Voltaire écrit qu’il n’y a pas "d’autre manière de compter dans tous les bureaux de recettes et dans le trésor du czar".

Avec ces histoires, j’ai distrait un peu mes camarades peu pressés de partir en campagne. Et pourtant c’est pour bientôt. Je peux vous confier qu’il se dit que nous allons bientôt faire mouvement. L’Empereur a donné l’ordre. Les 9 divisions du corps d’observation de l’Elbe doivent toutes être passées sur la rive droite du Rhin dans le courant de février…

Il se dit aussi que les poltrons qui se croyaient à l’abri dans les dépôts vont avoir de l’eau jusqu’au cou. Ils ont appris qu’ils allaient être envoyés renforcer les compagnies de pontonniers... Ha ! ha ! ha




6.1.12

Bientôt de retour à Lille?

En ce début d'année 1812, je suis sans doute un peu optimiste mais en février j'aurai déjà passé cinq ans à l'armée: pourquoi ne pas rêver à un retour à la vie civile.

Et pourtant les mauvaises nouvelles ne manquent pas.
Ainsi nous avons appris que Napoléon avait ordonné à sa Garde de se préparer pour entrer en campagne.
Puis que 120.000 conscrits allaient être appelés sous les drapeaux en 1812. 120.000 "jolis garçons" qui vont chanter sur la route, après avoir été "tirés au sort, tirés au sort, tirés au sort" pour être "conduits à la mort".

Pour Noël, ‎ l’Empereur nous a fait expédier à nous qui sommes à Magdebourg et à ceux de Dantzig. 3000 carabines, 2000 paires de pistolets, 2000 sabres de cuirassiers, 2000 sabres de hussards et de chasseurs, 500 sabres de dragons et 1000 haches d’infanterie. Plus des pièces de rechanges pour 15.000 fusils français qui ne doivent être distribuées que sur ses ordres.

Enfin j’ai su d’un commis au magasin d’habillement que l’ordre avait été donné que nous ayons chacun une paire de chaussures pour marcher, deux à porter dans le havresac et enfin m’a-t-il dit en imitant la grosse voix de son chef, une quatrième qui devra être transportée à la suite du régiment pour remplacer celle qui aura été usée dans la route. Ou ce seront des souliers à semelles en carton… ou l’Empereur compte vraiment sur nos jambes pour conquérir le monde …
Ce n’est pas avec ces chaussures là que je rentrerai chez moi….




29.11.11

Epuisantes manoeuvres




Exténués, épuisés, fourbus. Voilà comment nous sommes aujourd’hui nous  les soldats du 21e. Et peut-être même  ceux de l’ensemble  du 3e corps.  Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas en guerre que les officiers nous laissent vivre dans la fainéantise. De cinq heures du matin à six heures du soir, il y a l’instruction, les exercices et les manœuvres au pas ordinaire puis au pas oblique, avec ou sans armement et quand c’est fini ça recommence. La terreur des généraux : une inspection surprise de Davout qui lui semble vouloir que toute son armée puisse partir à la guerre demain.

Et quand c'est fini, ça recommence sj

Les conscrits en bavent à apprendre le port d’armes comme le
prescrit le règlement de 1791 : «L'arme dans la main gauche, le bras très peu ployé, le coude en arrière et joint au corps sans le serrer , la paume de la main serrée contre le plat extérieur de la crosse, son tranchant extérieur dans la première articulation des doigts, le talon de la crosse entre le premier et le second doigt , le pouce par-dessus, les deux derniers doigts sons la crosse, qui sera appuyée plus ou moins ta arrière, suivant la conformation de l'homme, de manière que l'arme vue de face, reste toujours perpendiculaire, et que le mouvement de la cuisse en marchant ne puisse pas la faire lever ni vaciller.»

A lui tout seul, le maniement de notre fusil impose un long apprentissage.
Et pour le bastringue et autres distractions, il n’y a plus que les racontars des vieux briscards. Car nous qui occupons l’Allemagne, nous ne sommes pas cantonnés en ville mais en pleine campagne où nous marchons, marchons, marchons…