Ce n’est pas que j’ai beaucoup de religion mais j’ai été baptisé à la paroisse Saint-Etienne de Lille le lendemain du jour de ma naissance. Alors voir des églises transformées en écuries, ou entendre parler de soldats qui auraient déterré les os des tsars à la recherche de trésors, ça m’a comment dire, écœuré…
Je n’ai pas reçu de lettres ni de mon père, ni de ma fiancée. Ont-ils au moins reçu les miennes ? On dit que les estafettes ont de plus en plus de mal à atteindre les relais. Maudits cosaques.
8 octobre
Et si je vous disais que dans ce Moscou tout juste sauvé du feu, des comédiens français ont interprété le Jeu de l’Amour et du Hasard…Oui c’est du Marivaux. Et non je n’y étais pas mais j’ai vu le carton d’invitation. Et on m’a dit que c’était joué de façon très drôle. Si le théâtre ouvre ses portes, c’est peut-être que nous allons rester ?
9 octobre
Vous avez vu mon beau plumet blanc et noir? D’accord les puristes vous diront qu’il n’est pas réglementaire. Et encore moins pour un simple fusilier de la ligne. Nous les simples soldats de l’infanterie, nous devons porter des pompons ou houppettes. Mais en cette année 1812, en matière d’uniforme, le règlement…
Brossons nos uniformes et dérouillons nos fusils. Il nous faut de l’émeri et de l’huile d’olive - où trouver de l’huile d’olive à Moscou ? – car il ne faut pas employer de substances grasses pour les parties en cuivre qui peuvent s’oxyder. On dit que Napoléon va passer en revue le 1er Corps demain.
10 octobre
Nous avons vu passer ce que nous appelons les charrettes de la mort. Un premier convoi de 1500 blessés a quitté Moscou hier. Il était sous les ordres du général Nansouty, qui a été blessé à la grande bataille sur la plaine de Borodino.
La revue du 1er Corps c’est maintenant. Sauf pour nous. Napoléon verra demain notre division qui est commandée par le général Gérard depuis la mort de Gudin. Et nous sommes fin prêt. Enfin presque.
11 octobre
Voilà l’Empereur à son arrivée pour notre revue. Le maréchal Davout, visiblement guéri, l’accompagne. L’Empereur a tiré quelques oreilles et décerné plusieurs décorations. Je suis trop loin pour entendre ce qu’il dit à ceux qu’il a promus. Mais il a l’air très satisfait.
Qui va en tuer le plus ? Des Russes ? Non des poux ! Ces petits parasites qui se gorgent de notre sang nous les écrasons entre deux ongles car ils nous démangent, c’est insupportable. On dit aussi qu’ils peuvent causer des maladies mortelles. Est-ce que vous savez si Napoléon sait que le pire ennemi de ses soldats, ce sont les poux ?
12 octobre
C’est maintenant notre principal sujet de discussion à la veillée par ces soirées d’automne russe de plus en plus froides. Si nous partons, qu’est-ce que nous emportons ? Il va falloir choisir dans notre butin. Car nous ce que nous emporterons, nous devrons le porter…
Je vous ai déjà dit un mot de la mauvaise santé des chevaux ; ils sont atteints d’une maladie des intestins qui en tue plusieurs par jour. Ils tombent comme des mouches. Il ne resterait qu’un tiers de ceux qui ont passé le Niemen.
13 octobre
Regardez ce dur à cuire. C’est un sapeur qui a reçu la Croix des mains de l’Empereur. Il a sa vaisselle à l’air. Comme on le voit, il n’en pense pas moins. Et il en a des histoires sans fin à raconter aux blancs-becs et autres…Mais si ça barde, il sait quoi faire…
Il neige ! Quelques flocons sont tombés sur Moscou. Est-ce le début du terrible hiver russe ?
14 octobre
Davout a réuni les chefs de corps. Il parait qu’il les a interrogés sur les moyens d’habillement et de subsistances. Je ne sais pas si c’est pour rester ou pour partir mais tout cela semble lui causer beaucoup de soucis…
On raconte que l’ordre a été donné d’arrêter à Smolensk tous les convois montant vers Moscou. Donc nous partons ?
15 octobre
Croisé à l’instant un Henri Beyle tout énervé qui m’a raconté qu’il avait résisté comme un diable à un ordre d’aller à Smolensk s’occuper de l’approvisionnement de réserve. Il dit qu’il a très mal aux dents et qu’il est malade. Et il insiste pour ceux qui n’auraient pas compris : « Tout le monde s’en apercevra bientôt si je ne trouve les moyens de me faire un ou deux pantalons ». Ce ne serait pas de la faute des poux mais de l’eau…
La neige qui était tombée a déjà fondu. Pas si terrible, l’hiver russe
16 octobre
Je suis resté un bon moment à regarder les sapeurs de la Garde impériale qui décrochent les aigles impériales russes du haut des tours du Kremlin. Pour les souvenirs aussi il est trop fort, l’Empereur.
Il a eu beau pester, Henri Beyle a quitté Moscou. Il est parti avec un convoi de blessés en direction de Smolensk.
17 octobre
Vous savez pourquoi appelle les convois de blessés les charrettes de la mort ? Parce que beaucoup vont casser leur pipe pendant le transport. Et je ne parle que de ceux qui ne sont pas déjà morts. Ainsi trois mois après une bataille, un sixième des blessés seulement le serait toujours. Certains sont guéris et ont repris leur place parmi nous. Et pour les autres, nous parlons de troupiers refroidis chargés de commission pour l’autre monde…
Le sergent Bourgogne m’a reçu dans ce qu’il est impossible d’appeler un bivouac. Il y avait sur le sol des fourrures d’hermines, de loups et même de lions. Et il m’a fait boire du punch au rhum de la Jamaïque en parlant du plaisir que nous aurions à retourner en France…
Moi, François Louis Vandevoorde, fusilier au 21e régiment de ligne, je vais vous raconter ma Campagne de Russie. Conscrit de 1807, j'espérais retrouver les miens en ce début d'année 1812 après mes cinq années dans la Grande Armée. Mais je ne me fais plus d'illusions...
7.10.12
4.10.12
Le plus bel incendie du monde
Le plus beau moment de notre campagne de Russie? Quand nous avons découvert à la mi-septembre depuis une hauteur la capitale de la Russie et ses mille clochers en or... Notre fierté nous fait tout oublier, les marches interminables, la faim, les morts…Toute ma vie je pourrai dire: moi Vandevoorde, natif de Lille, j’étais de l’armée qui a conquis Moscou.
Puis tout est allé de mal en pis. Non seulement les Russes ont quitté la ville sans se rendre - Napoléon a attendu en vain que des boyards lui en apportent les clés - mais ils y ont mis le feu. L’Empereur lui-même, le Kremlin cerné par un océan de flammes, a dû fuir à pied, dans une chaleur brûlante, en se protégeant le visage et les vêtements des flammèches. Il a tellement tardé à partir qu'il aurait pu y perdre la vie ont raconté ceux d’entre nous qui se sont précipités à son secours avec le maréchal Davout pourtant toujours blessé…
C’est une bien vilaine chose qu’une ville qui brûle. Et quand nous sommes entrés dans la capitale de la Russie, le 21, notre rêve était passé : façades des palais noircies, maisons brûlées qui fument encore, débris de toutes sortes, cadavres des incendiaires attaqués par des corbeaux, et tout cela puait horriblement.
Nous nous sommes installés dans le faubourg de Kalouga qui n’a pas brûlé et dans un tiers de la ville du coté de Kalouga et de Toula. Et nous y sommes toujours.
Seul le colonel François Parguez, l’aide de camp de Morant, a trouvé le moyen de nous faire rire. Il a raconté qu’il avait tenté de rassurer son épouse en lui écrivant ces quelques lignes : «La prise de Smolensk, la prise de Moscou et toutes les prises que j’ai faites ne doivent pas t’inquiéter plus que celles que je prendrais si j’avais du tabac dans ma tabatière...»
Davout, je vous l’ai déjà dit, a été blessé pendant la grande bataille où nous nous sommes chauffés avec les Russes sur la plaine de Borodino. Blessé où ça ? Au bas-ventre… Ce qui a fait sourire certains… même si nous sommes tous très attachés à notre Maréchal qui est tout de même resté avec nous ce 7 septembre 1812. Car comme il le dit souvent : «Un Maréchal ne doit quitter le champ de bataille et son commandement que lorsqu’il n’a plus de tête.»
Puis notre Grande Armée a commencé à se décomposer : beaucoup de nos soldats soûls comme des Suisses, ont abandonné leur uniforme et revêtu des fourrures, des habits chinois et turcs et autres tenues extravagantes… Puis nous sommes tous devenus de vulgaires pilleurs. Et moi aussi. Car comment résister à de telles tentations après de telles privations ? Si les maisons ont brûlé, comme les boutiques, leurs caves sont pleines de bouteilles de vin de bière de liqueur mais aussi de jambons de poissons de farine de fruits confits et nous voilà tous comme des enfants devant ces trésors…Jusqu’à pour certains à déterrer dans l’église du Kremlin les os des tsars à la recherche de trésors. Moi qui n’ai pas beaucoup de religion, ça comment dire, écœuré… Et Si je vous disais qu’au Kremlin, des fantassins ont dû payer 5 francs à des grenadiers et à des chasseurs à pied de la Garde pour pouvoir conserver les quelques subsistances qu’ils y avaient trouvées.
Ceux qui sont passés devant le Kremlin et ont repéré le bureau de l’Empereur assurent qu’il ne cesse de travailler pour nous. En témoignent les deux chandelles allumées jours et nuit à sa fenêtre… Mais selon un camarade qui sert au Kremlin et je ne sais pas s’il faut le croire, il ne sait plus trop quoi faire aujourd’hui. Il réuni ses maréchaux en ce début octobre puis les aurait congédiés, irrité qu’il était de leur rejet de son nouveau plan de conquête de Saint-Pétersbourg.
J’ai quand même fait des connaissances intéressantes. Celle d’un curieux garçon nommé Henri Beyle. Il n’a pas trente ans, il est à l’intendance, et il tient des propos cocasses. Il m’a affirmé que l’incendie de Moscou était le «plus bel incendie du monde» dont il aurait pu «jouir» s’il avait été «seul ou entouré de gens d’esprit…» Et d’un sergent Bourgogne de la Garde impériale qui, vous ne voudrez sans doute pas le croire, a organisé un soir un bal costumé. Imaginez ces grands gaillards de la Garde impériale dansant, en mesure, sur «On va leur percer le flanc», habillés en boyards russes et en marquis.
Enfin d’un compagnon qui a son frère dans la cavalerie : beaucoup de chevaux sont si affaiblis qu’on ne peut les lancer au galop. Eux aussi méritaient un peu de repos. Mais ils sont toujours à l’avant-garde avec Murat. Lequel a failli être fait prisonnier. Tombé dans une embuscade, il a dû se réfugier dans un carré d’infanterie. Nous, ça nous a bien fait rire. Lui qui s’était persuadé que les cosaques le voulaient comme chef ! Car pendant ce temps là, nos ennemis continuent à nous harceler…
Puis tout est allé de mal en pis. Non seulement les Russes ont quitté la ville sans se rendre - Napoléon a attendu en vain que des boyards lui en apportent les clés - mais ils y ont mis le feu. L’Empereur lui-même, le Kremlin cerné par un océan de flammes, a dû fuir à pied, dans une chaleur brûlante, en se protégeant le visage et les vêtements des flammèches. Il a tellement tardé à partir qu'il aurait pu y perdre la vie ont raconté ceux d’entre nous qui se sont précipités à son secours avec le maréchal Davout pourtant toujours blessé…
C’est une bien vilaine chose qu’une ville qui brûle. Et quand nous sommes entrés dans la capitale de la Russie, le 21, notre rêve était passé : façades des palais noircies, maisons brûlées qui fument encore, débris de toutes sortes, cadavres des incendiaires attaqués par des corbeaux, et tout cela puait horriblement.
Nous nous sommes installés dans le faubourg de Kalouga qui n’a pas brûlé et dans un tiers de la ville du coté de Kalouga et de Toula. Et nous y sommes toujours.
Seul le colonel François Parguez, l’aide de camp de Morant, a trouvé le moyen de nous faire rire. Il a raconté qu’il avait tenté de rassurer son épouse en lui écrivant ces quelques lignes : «La prise de Smolensk, la prise de Moscou et toutes les prises que j’ai faites ne doivent pas t’inquiéter plus que celles que je prendrais si j’avais du tabac dans ma tabatière...»
Davout, je vous l’ai déjà dit, a été blessé pendant la grande bataille où nous nous sommes chauffés avec les Russes sur la plaine de Borodino. Blessé où ça ? Au bas-ventre… Ce qui a fait sourire certains… même si nous sommes tous très attachés à notre Maréchal qui est tout de même resté avec nous ce 7 septembre 1812. Car comme il le dit souvent : «Un Maréchal ne doit quitter le champ de bataille et son commandement que lorsqu’il n’a plus de tête.»
Puis notre Grande Armée a commencé à se décomposer : beaucoup de nos soldats soûls comme des Suisses, ont abandonné leur uniforme et revêtu des fourrures, des habits chinois et turcs et autres tenues extravagantes… Puis nous sommes tous devenus de vulgaires pilleurs. Et moi aussi. Car comment résister à de telles tentations après de telles privations ? Si les maisons ont brûlé, comme les boutiques, leurs caves sont pleines de bouteilles de vin de bière de liqueur mais aussi de jambons de poissons de farine de fruits confits et nous voilà tous comme des enfants devant ces trésors…Jusqu’à pour certains à déterrer dans l’église du Kremlin les os des tsars à la recherche de trésors. Moi qui n’ai pas beaucoup de religion, ça comment dire, écœuré… Et Si je vous disais qu’au Kremlin, des fantassins ont dû payer 5 francs à des grenadiers et à des chasseurs à pied de la Garde pour pouvoir conserver les quelques subsistances qu’ils y avaient trouvées.
Ceux qui sont passés devant le Kremlin et ont repéré le bureau de l’Empereur assurent qu’il ne cesse de travailler pour nous. En témoignent les deux chandelles allumées jours et nuit à sa fenêtre… Mais selon un camarade qui sert au Kremlin et je ne sais pas s’il faut le croire, il ne sait plus trop quoi faire aujourd’hui. Il réuni ses maréchaux en ce début octobre puis les aurait congédiés, irrité qu’il était de leur rejet de son nouveau plan de conquête de Saint-Pétersbourg.
J’ai quand même fait des connaissances intéressantes. Celle d’un curieux garçon nommé Henri Beyle. Il n’a pas trente ans, il est à l’intendance, et il tient des propos cocasses. Il m’a affirmé que l’incendie de Moscou était le «plus bel incendie du monde» dont il aurait pu «jouir» s’il avait été «seul ou entouré de gens d’esprit…» Et d’un sergent Bourgogne de la Garde impériale qui, vous ne voudrez sans doute pas le croire, a organisé un soir un bal costumé. Imaginez ces grands gaillards de la Garde impériale dansant, en mesure, sur «On va leur percer le flanc», habillés en boyards russes et en marquis.
Enfin d’un compagnon qui a son frère dans la cavalerie : beaucoup de chevaux sont si affaiblis qu’on ne peut les lancer au galop. Eux aussi méritaient un peu de repos. Mais ils sont toujours à l’avant-garde avec Murat. Lequel a failli être fait prisonnier. Tombé dans une embuscade, il a dû se réfugier dans un carré d’infanterie. Nous, ça nous a bien fait rire. Lui qui s’était persuadé que les cosaques le voulaient comme chef ! Car pendant ce temps là, nos ennemis continuent à nous harceler…
13.9.12
La bataille de Borodino
Je ne sais pas quel bout commencer à vous raconter ces quinze derniers jours. Peut-être en vous précisant que nous marchons actuellement à quelques lieues de Moscou après une grande bataille où nous, comme nos ennemis, avons perdu beaucoup d’hommes.
Nous sommes arrivés dans la plaine de Borodino en suivant les pentes de la Moskova le 5 septembre. Le lendemain le portrait du roi de Rome a été exposé devant la tente de l’Empereur. Je me suis dit que s’il était plus vieux, il aurait été ici autrement qu’en peinture… Et la bataille a commencé à l’aube du 7 avec la canonnade. On ne nous avait pas distribué d’eau de vie. Nous nous sommes battus le ventre vide.
Le capitaine de notre compagnie nous a placés en demi-cercle avant de nous lire une proclamation de l’Empereur. Ce que j’en ai retenu ? Que cette bataille «tant désirée» dépendait de nous.
Qu’elle allait nous donner «l'abondance, de bons quartiers d'hiver et un prompt retour dans la patrie ». Et que nous pourrons dire : « Nous étions à cette grande bataille sous mes murs de Moscou. »
Nous nous sommes dirigés sous les tirs de mitrailles et de boulets vers un mamelon fortifié et armé de batteries, c’est la grande redoute.… Tout au long de la journée, nous allons prendre puis perdre et reprendre cette position. Comme la pente était raide, les boulets volets au-dessus de nos têtes.
Nous avons attaqué encore et encore, sacré nom de Dieu, en avant ! Un combat terrible, plusieurs fois pêle-mêle avec les Russes. Certains des nôtres chantaient la Marseillaise en chargeant à la baïonnette… J’ai essayé de secourir Vacherot tombé à mes cotés mais le coup était trop mortel… Puis nous avons combattu par-dessus les cadavres d’hommes et de chevaux, des cadavres d’hommes sous les cadavres de chevaux… dans le boucan des canonnades et les gémissements des mourants…
Mais les Russes refusaient obstinément de quitter le champ de bataille. Pour les y contraindre, tous nos canons vont vomir la mort.
Au réveil, sous une pluie froide, nous avons appris que pendant la nuit, l’ennemi avait fait retraite, sans rien laisser sur son chemin. Il n’y aura plus de combats aujourd’hui.
« Attention aux blessés ! » C’est en progressant à travers le champ de bataille que nous sommes repartis à la poursuite des Russes. L’ami Goguelat en a fait la meilleure description en parlant d’un « vrai champ de blé coupé : au lieu d’épis, mettez des hommes ». J’ai compté vingt Russes morts pour un Français. Partout des morts, des mourants, des blessés. Je ne vous décris pas les membres épars, têtes, bras, jambes…On m’a même parlé d’un de nos soldats amputé des deux jambes et d’un bras. Encore vivant, « plein d’espoir et même de gaieté».
Sur le champ de bataille de Borodino, nous avons pillé les cantines des Russes et pris le peu de farine et d’eau de vie qui leur restaient ? Nous avons aussi fait griller la viande des chevaux morts avec le bois des crosses des fusils…
En rejoignant le 1er Corps, nos camarades nous ont raconté que pendant la bataille, ils avaient cru Davout mort. Mais le mort c’était son cheval tué sous lui par un boulet – lui qui avait juste perdu connaissance un instant avant de reprendre son commandement… A pied.
Donc nous marchons maintenant vers Moscou et il y a un peu de rancœur dans les rangs où il se dit que pendant que nous cassions notre pipe sans sourciller dans la plaine de Borodino, Napoléon n’a pas fait donner sa chère Garde. Il aurait juste consenti à jeter dans la bataille quelques dizaines de ses pièces d'artillerie. Et voilà pourquoi les Grognards sont Immortels !
Enfin juste avant la bataille, l’une des pires qui aient jamais existé, l’un de ceux qui m’écoutaient lire à la veillée le Charles XII de Voltaire est passé me dire qu’un prisonnier russe avait répondu par un seul mot à une question sur ce que l’ennemi allait faire maintenant : «Poltava ».A vous aussi j’ai raconté en juillet ce que je savais de cette bataille de 1709 où les Russes ont rossé les Suédois… Ils voulaient faire de même avec nous. Ils ont échoué…
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